LA LEGENDE DU ‘URA SAUVEUR DE CORAIL
Par Ali ABASSI, librement adapté, d’après La légende du colibri , légende
amérindienne, sur une idée originale de M Francis JUNG, Professeur de SVT.
1
Ecoutez, les enfants ! Approchez-vous ! Ecoutez la légende du ‘ura sauveur de corail, le ‘ura,
oiseau sacré, aux couleurs flamboyantes !
Nos anciens racontent qu’il y a très longtemps, le corail, notre cher corail si fragile
aujourd’hui, nourrissait avec abondance les espèces sous-marines.
Mais un jour, dit la légende, il y eut un immense réchauffement de la Terre et des eaux. Alors,
le corail, force de vie, se mit à dépérir ainsi que d’autres espèces. Chaque jour, sa robe blanche
et dure comme un linceul de pierre grandissait.
Tous les animaux marins, terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.
Seul le petit ‘ura, au plumage blanc, s’activait, essayant de chercher des solutions afin de
sauver le corail.
2
Faumea, déesse des Océans, alertée par le triste sifflet du ‘ura, sortit des eaux et lui dit alors de
sa voix de nacre, que c’était-là un problème dû à l’action des Hommes. Mais elle lui dit aussi
que ces mêmes Hommes, par leurs efforts, leurs recherches et leurs innovations pouvaient, en
maitrisant ainsi les sciences avec conscience, peut-être sauver un jour le corail et
l’environnement. Elle lui confia enfin de sa voix de cristal, qu’en se rendant à Mataura,
précisément le 28e jour du mois de novembre, il pourrait profiter des enseignements des
maîtres de sciences et rallier à sa cause les enfants pour faire renaître les coraux en leur
redonnant mille couleurs !
3
C’est bien ce jour-là qu’il partit donc à Mataura, chez Élodie, maîtresse des étoiles,
pour prendre conseil. Il écouta avec une grande attention et elle lui dit le secret des
constellations qui organisent leur danse dans le firmament.
À le voir s’agiter ainsi, le requin, résigné par tant de pollution et surpris par cette démarche qui
lui semblait dérisoire, lui dit :
«’Ura ! N’es-tu pas fou ? Crois-tu que c’est avec ces petites actions et ces enseignements que tu
vas redonner vie au corail ?»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oui, c’est pour cela que je fais ma part».
Soit ! lança ma’o.
4
Il partit ensuite à la rencontre de Maïa, la maîtresse des techniques, pour prendre
conseil. Il écouta les yeux écarquillés et apprit comment les sciences organisent la vie
des hommes et l’évolution du monde.
À le voir s’agiter ainsi, la raie, elle aussi fatiguée de nager dans tant de déchets, lui dit : «’ura !
N’es-tu pas fou ? Ne crois-tu pas que tu devrais plutôt aller goûter au suave nectar de notre
fleur de Tiaré ?»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oui, mais pas pour l’instant car, à présent, je fais ma part».
D’accord ! lui lança fāfā piti.
5
Il partit ensuite à la rencontre de Monique, maîtresse des oiseaux, pour prendre
conseil. Il écouta avec le sérieux et la gravité d’un Tiki. Il apprit alors tout ébaubi
comment les oiseaux comme lui sont des créatures fragiles et à quel point les
innovations des hommes devraient les protéger au lieu de les menacer.
À le voir s’agiter ainsi, la tortue, qui avait peur pour ses oeufs, lui dit : «’Ura ! N’es-tu pas fou ?
Ne devrais-tu pas occuper ton temps à faire des choses utiles pour nous ?»
Et le ‘ura lui répondit :
«Eh bien oui, justement, je fais ma part».
Ah ! D’accord, rétorqua honu.
6
Il partit ensuite à la rencontre de Dominique, maîtresse de l’équilibre entre le corps et
l’esprit, pour prendre conseil. Il écouta avec la profondeur d’esprit du sage ancien.
Elle lui indiqua alors les moyens de calculer, pour les hommes, leur Indice de Masse
Corporelle afin d’être vigilants sur leur hygiène alimentaire.
À le voir s’agiter ainsi, la baleine, aux gestes lents mais sûrs lui dit : «’Ura ! N’es-tu pas fou ?
Viens avec nous, les cétacés, pour nous accompagner dans nos parades !»
Et le ‘ura lui répondit :
«Regarde-moi donc au lieu de critiquer : je fais ma part».
Ah ! Ne te fâche pas, répondit tohorā.
7
Il partit ensuite à la rencontre de Mika et Sylvette, maîtres en permaculture, pour
prendre conseil. Il écouta avec une grande attention et apprit, ému, à quel point il
fallait prendre soin de l’environnement, des êtres vivants, des écosystèmes et des
Hommes en s’inspirant des savoir-faire traditionnels.
À le voir s’agiter ainsi, le crabe de terre, se précipitant vers lui en deux ou trois pas de danse
lui dit : «’Ura ! N’es-tu pas fou ? Ne devrais-tu pas te préoccuper de sauver le corail ? »
Et le ‘ura lui répondit :
«Eh bien oui, justement, je fais ma part et toi, que fais-tu ?»
Soit ! affirma tupa…
8
Il partit ensuite à la rencontre de Magali, maîtresse du corail, pour prendre conseil. Il
écouta le bec clos et apprit avec un grand intérêt comment éduquer et sensibiliser les
enfants sur la gestion durable des récifs coralliens, ce patrimoine naturel
indispensable à la vie.
À le voir s’agiter ainsi, le poisson-perroquet, aux mille couleurs et au bec robuste lui dit :
«’Ura ! N’es-tu pas fou ? Ne devrais-tu pas te préoccuper de préserver, comme moi, le récif
corallien ? »
Et le ‘ura lui répondit :
«Eh bien oui, justement, je fais ma part, ne vois-tu pas ?»
Ah bon ? s’étonna hō’ū.
9
Il partit ensuite à la rencontre de Magnana, maîtresse des objets du quotidien, pour
prendre conseil. Il écouta et apprit comment un objet comme la roue peut montrer
toute l’évolution du genre humain.
À le voir s’agiter ainsi, la pieuvre, aux tentacules agiles lui dit : «’Ura ! N’es-tu pas fou ? Ne
devrais-tu pas te reposer un peu et cesser de te fatiguer de la sorte ?»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oh non ! Je ne me fatigue pas : bien au contraire, je fais ma part».
Ah ! approuva fe’e.
10
Il partit ensuite à la rencontre de Erena, maîtresse de la protection de
l’environnement, pour prendre conseil. Il écouta bien tranquillement et apprit avec
bonheur à quel point trier ses déchets peut permettre d’avoir un impact positif sur le
réchauffement climatique.
À le voir s’agiter ainsi, un Homme passa par là et lui dit : «’Ura ! Tu tombes bien ! Pourrais-tu
m’aider à jeter toutes ces bouteilles en plastique à la mer ?»
Et le ‘ura lui répondit avec colère :
«Oh non ! C’est un scandale ! Ne creuse donc pas ta propre tombe !»
Ah ! approuva tane.
11
Il partit ensuite à la rencontre de Mick, maître des cycles de la lune, pour prendre
conseil. Il écouta avec beaucoup d’attention et fut interloqué d’apprendre comment
cet astre, qui agit sur les marées, a une influence très importante sur la faune et la
flore terrestres !
À le voir s’agiter ainsi, l’huître perlière lui lança : «’Ura ! N’es-tu pas fou ? Ne devrais-tu pas
essayer de te confectionner un joli collier de perles ?»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oh non ! Le temps presse de faire sa part».
Je comprends! confia pārau.
12
Il partit ensuite à la rencontre de Tihoti, maître des modes de transports, pour prendre
conseil. Il écouta sans dire un mot et apprit ainsi avec ébahissement comment les
transports avaient une influence sur le réchauffement climatique, notamment par la
nature de leur énergie !
À le voir s’agiter ainsi, le thon revenant du large lui dit : «’Ura ! N’es-tu pas fou ? Pourquoi
perds-tu ainsi ton temps. On peut s’en sortir en nageant un peu plus loin, au large où les
abysses broient les plastiques !»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oh non ! C’est faux ! Pensons au continent plastique. Alors moi, je fais ma part !»
Ah ! D’accord ! approuva ’ā’ahi.
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Il partit ensuite à la rencontre de Francis, maître de la distillerie, pour prendre conseil.
Il écouta avec fascination et apprit, captivé, comment une distillerie pouvait participer
au développement durable, à l’agriculture et à la fabrication de biocarburants.
À le voir s’agiter ainsi, la dorade coryphène lui dit : «’Ura ! Ça suffit ! À quoi bon puisque c’est
trop tard !»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oh non ! Il n’est jamais trop tard pour faire sa part. Et je fais là la meilleure de mes parts !»
Tu es sage, approuva mahi mahi.
14
Il partit ensuite à la rencontre de Mélanie et Vanessa, maîtresses des inventions, pour
prendre conseil. Il écouta et apprit comment les Hommes faisaient souvent preuve de
génie pour inventer des objets et des techniques au service de l’Humanité mais sont
aussi à l’origine, depuis des millénaires, de techniques très inventives qui ont pour but
la destruction…
À le voir s’agiter ainsi, la murène lui lança : «’Ura ! Que fais-tu donc ? Viens avec moi passer
du bon temps à traquer les proies vers le récif !»
Et le ‘ura lui répondit :
«Oh non ! Le récif se meurt ne vois-tu pas ? Chacun doit faire sa part pour le sauver !»
Ah ! d’accord ! approuva puhi miti.
15
Il partit enfin prendre conseil auprès d’Ali, qui, seul, observait au sol tous ces coraux morts
réchauffés par le soleil et érodés par le vent et le sel. Il écouta attentivement et apprit avec joie
comment l’on pouvait, grâce à l’action des enfants, redonner vie aux coraux.
Ainsi, des centaines d’enfants, riches de l’enseignement des maîtres de science firent leur part,
en maculant les coraux morts de couleurs chatoyantes. Grâce à ‘ura et à son geste
d’engagement, le corail tout entier se mit peu à peu à renaître sous la forme d’une
harmonieuse spirale nourrie des couleurs du savoir et de la science.
Et tout se passa comme si cette spirale de vie se mettait à tournoyer lentement, comme une
galaxie de feu dans l’étendue infinie de l’océan.
‘Ura devant ce spectacle, fut fier de démontrer à quel point la recherche et l’innovation
doivent être au service des Hommes mais aussi de la nature et des écosystèmes. C’est ce qu’il
dit à Faumea, lorsqu’à son retour, il la rencontra, la déesse des océans qui, pour le
récompenser de ses belles actions, transforma son plumage blanc en un superbe
foisonnement de couleurs !
Ali ABASSI
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